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LINDEPENDANT.SN-Macky Sall n’est pas un homme de dialogue, c’est ma conviction, mais c’est un homme avant tout. Tout homme est amené parfois à faire face à sa propre conscience, à ses actes qui se reflètent sur yeux mémoriels et dans sa conscience comme sur un miroir. Il nous arrive tous d’avoir des remords ; nous savons également qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Macky a certes causé beaucoup de blessures à la démocratie sénégalaise, mais l’essentiel est que celles-ci ne sont pas handicapantes, irréversibles. Tout homme d’Etat, disait Max Weber est amené par certaines circonstances à devoir faire face au dilemme entre éthique de conviction et éthique de responsabilité.

La première est a priori inconditionnelle, catégorique : des valeurs, des principes et des représentations qui constituent une boussole figée pour l’homme politique. Sa doctrine et son idéologie doivent en principe rester en harmonie avec cette conscience ou éthique de conviction. Mais la réalité est complexe (même Lénine le reconnait) : parfois l’homme politique est obligé d’aller au-delà des prescriptions de son éthique de conviction. Il doit écouter et suivre les conseils de son éthique de responsabilité.

L’éthique de responsabilité est plus concrète, plus positive parce qu’inscrite dans l’univers de l’action et des conséquences immédiates et lointaines des choix à faire dans l’immédiat. Tout homme politique a été une fois dans sa vie obligé de trouver un compromis avec ses propres certitudes morales (ou ses convictions religieuses même) pour sauver une situation perdue. L’éthique de conviction, c’est aussi et surtout la contrepartie de la liberté et du privilège de la gouvernance (au sens le plus large) : chef de parti et chef de l’Etat ne gouvernement pas des choses, ils dirigent des milliers voire des millions d’âmes. Ils sont par conséquent tenus de faire preuve de responsabilité, de mesure, de retenue et de circonspection pour ne pas sacrifier un idéal. C’est là que se trouve la grande difficulté du leadership : on n’est pas seul, et on est obligé de penser à tous ces inconditionnels qui ne vivent que pour nous, pour l’idéal pour lequel on les a mobilisés depuis le début.

 

Macky Sall a peut-être intérêt à rectifier ses errements dans la mesure où il ne souhaiterait pas laisser une mauvaise image dans l’histoire du Sénégal. Il a peut-être besoin de rentrer dans l’histoire des grands hommes d’Etats en sortant de celle de la politique par la grande porte. Pourquoi devrait-on chercher à l’en empêcher ? Bien sûr que personne ne doit faire confiance à ce monsieur, mais comment savoir si un homme est de bonne foi ou on si on n’est pas disposé à dialoguer avec lui ? L’opposition n’étant pas une fin en soi, personne n’a le droit de sevrer les citoyens de leur droit à la quiétude et à la concorde. Il ne s’agit pas d’aller au dialogue pour se compromettre dans des histoires de 3e mandat, mais de faire avancer la démocratie qui est présentement grippée à cause de la conception autoritaire du pouvoir par Macky Sall, mais également (il faut le reconnaître) à cause de la qualité de son opposition.

L’éthique de responsabilité qui pourrait être la raison qui a poussé Macky Sall à lancer cet appel au dialogue, pourrait être le même motif qui pousse l’opposition à répondre positivement à cet appel. Ceux qui n’y répondraient pas auront raison (en tout cas leurs raisons), mais ceux qui y répondront également ont des raisons objectives de le faire. Pourquoi Karim Wade et Khalifa Sall devraient-ils confier leur destin au hasard ou à l’aventure s’ils peuvent, par la porte du dialogue, infléchir leur sort ? Ceux qui seraient tentés de reprocher au PDS et à Khalifa leur acceptation de la main tendue du président devraient être plus conséquents avec eux-mêmes : soit ces deux entités sont victimes d’une injustice qui les empêche de participer aux compétitions électorales, soit ils sont tout bonnement coupables de crimes que rien ne peur absoudre et devraient par conséquent être bannis du système politique. Dans le premier cas, pourquoi ne devraient-ils pas tenter la voie du dialogue pour recouvrer leur liberté confisquée par Macky Sall ? Ou bien voudrait-on en faire les laquais d’une aventure dont les tenants et les aboutissants échappent à leur contrôle ? Dans le second cas, même au sein de cette opposition ils ne devraient être associés aux combats pour principes contre lesquels ils ont été punis.

On voit donc qu’il y a manifestement des calculs pas nécessairement éthiques dans l’appréciation que les uns et les autres font du dialogue : les pro-dialogues comme les anti-dialogues ne le reconnaitront peut-être pas, mais ils analysent tous avec leur posture actuelle et leur projection. Tout est calcul en politique y compris le fait de prétendre ne pas faire de calcul.

Alassane K. KITANE

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