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LINDEPENDANT.SN-Chers détenus, grévistes de la faim, il est de bon aloi, chez nous, au Sénégal, de soutenir son prochain, surtout si ce dernier traverse des moments difficiles. Voilà bientôt un mois, pour certains d’entre vous, que vous avez entamé une grève de la faim, que vous justifiez par votre sentiment que vos droits élémentaires sont bafoués dans votre propre pays.
La grève de la faim, bien qu’elle soit universellement reconnue comme moyen de lutte et de protestation efficace, présente néanmoins des risques graves, pouvant engager votre pronostic fonctionnel dans le court terme, mais aussi votre pronostic vital.

Nous sommes des citoyens sénégalais, tous professionnels de la santé, médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, personnels paramédicaux, en somme, des soignants, qui avons décidé de vous adresser cette lettre.
Nous commencerons par un rappel médical, comme si nous nous adressions à nos propres patients. Nous avons le devoir de vous alerter, si nous estimons que votre état de santé est gravement menacé. Ce qui est le cas actuellement avec cette grève de la faim.
Sur le plan physiologique, la grève de la faim comporte plusieurs étapes :
La sensation de faim, intense les premiers jours, disparaît progressivement pour laisser place à un état de cétose anorexiant qui se traduit par une asthénie physique et psychologique.
Une cétose est un état métabolique pendant lequel le corps va puiser son énergie dans les graisses et l’anoxie est la diminution de la quantité d’oxygène que le sang distribue aux tissus.
Le corps commence alors à puiser dans les réserves graisseuses puis, après une dizaine de jours, ce sont les réserves musculaires qui sont mobilisées, entraînant le risque de séquelles graves et irréversibles. Les fibres musculaires sont atteintes, le foie, le rein et le cœur perdent de leur masse. Le corps s’auto- consume peu à peu.
À partir de la cinquième semaine, le gréviste entre dans une phase de turbulences, marquée par une forte déshydratation, un assèchement du corps, l’apparition de troubles urinaires, d’œdèmes, de troubles cérébraux et neurologiques qui peuvent entraîner la mort à tout moment.
La durée moyenne de résistance de l’être humain à une grève de la faim est comprise entre 45 et 65 jours.

Entrer en grève de la faim, c’est donc devenir de plus en plus faible, tant sur le plan physique que psychologique. Entraînant ainsi un cercle vicieux qui réduit fortement les pouvoirs et les capacités de prise de décisions concernant son propre état de santé.
Nous, soignants, soucieux en premier lieu du bien-être de nos compatriotes, venons vous exprimer notre solidarité mais également notre grande inquiétude quant à la poursuite de votre grève de la faim. Nous pensons que la poursuite de cette grève de la faim vous met en danger à très court terme et engage votre pronostic vital, même si nous ne disposons pas de vos données médicales.
Nous nous adressons à vous de façon solennelle. Nous vous prions de mettre fin à cette grève de la faim, pour préserver votre santé physique et mentale, et vous permettre de garder intactes vos capacités intellectuelles.
Profitant de cette tribune, nous, professionnels de la santé, tenons à rappeler que la vocation originelle et constante de l’hôpital est de soulager et soigner les maux; certainement pas d’assister impuissant à l’aggravation de la situation de patients qui risquent, à défaut de perdre la vie, des lésions irréversibles survenues paradoxalement alors qu’ils sont effectivement hospitalisés.

L’hôpital ne doit pas être perçu ou transformé en une annexe carcérale à très forte fréquentation, au risque de se mettre en porte-à-faux avec les principes déontologiques et les droits intangibles des malades, notamment le droit à l’information de leurs proches, et leurs droits de recevoir des visites.

Il ne faudrait surtout pas que l’hôpital devienne, à son corps défendant, un acteur du jeu politique ; situation délétère qui ne favorise absolument pas un climat de sérénité pour les soignants et pour les usagers. L’hôpital doit rester un endroit neutre de toutes considérations politiques.

C’est le lieu, ici, de rendre un hommage mérité à tous ces agents de santé qui nuit et jour, depuis le début de la grave crise politique qui secoue notre pays s’évertuent à rester irréprochables dans l’exercice de leur noble art.

La prévention primaire, voire primordiale est la meilleure arme du soignant, donc intéressons-nous aux vraies raisons de cette épidémie de grève de la faim.

L’hôpital ne saurait assumer les conséquences d’un fléau venu d’ailleurs. »

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